BANGKOK

journal de voyage et publication d'images. Pascal Monteil Bangkok

03 juillet 2006

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Samedi matin : je suis allé chercher des tirages au labo, nous avons pris la voiture, je suis passé à l’Ambassade pour signer mon contrat et régler des affaires avant le départ.

En fin d’après-midi nous nous sommes rendus à travers les embouteillages à la Maison de Jim Thomson, dont j’avais plus longuement parlé il y a un an.

Jim Thomson, espion américain, installé à Bangkok dans les années 60, qui a redonné du souffle à la production des soieries siamoises, qui a inventé une nouvelle façon de vivre la Thaïlande avec sa villa de bois sur pilotis peuplée d’objets d’art, au bord d’un canal, villa qui ressemble plus à un fantasme qu’à une maison réelle.

Il a fini par se volatiliser, disparu sans laisser de traces malgré les hélicoptères, et les recherches de l’armée, dans la villa d’amis antiquaires chinois en Malaisie, dans la jungle des Camron Highlands à l’heure de l’apéritif.

Il a largement contribué a nourrir mon imaginaire pour cette exposition, et John Lee est Jim Thomson pour au moins 5O % de lui-même, l’autre partie venant plutôt de la Chine et du Hong-Kong des années 60, entre Bruce Lee et un troisième type de mauvais garçon.

Même le cocker est le chien que possédait Jim Thomson.

Au-delà du romanesque de sa vie, ce qui me plait c’est ce qui apparaît en négatif, par les silences, et les secrets qui nimbent tous les recoins de sa vie.

Les vols de têtes de bouddhas dans les grottes de la jungle, les voyages en avion à Hongkong, Kuala Lumpur, Singapour pour ramener une sculpture Khmer, transporter un nouveau motif pour sa soie, régler une affaire américaine, le rachat de vieux palaces oubliés, une vie amoureuse et sexuelle énigmatique… des amis plus qu’il n’en faut.

L’exposition Dialogues, qui était un choix de pièces de Christian Lacroix mis en vis à vis d’œuvres d’Art de sa collection et dans laquelle était montrée l’une de mes images a été exposée dans sa villa à l’Automne.

Le directeur actuel de la villa avec qui j’ai échangé un email cette semaine et qui était à Moscou m’a invité à passer pour une visite privée.

Je ne voulais pas partir de Bangkok sans profiter de cette invitation.

La visite de la Villa, à la nuit tombante, presque seuls, avec les lampes éclairées, les bouddhas qui habitent chaque perspective, la salle à manger avec la table mise et la vaisselle chinoise, le lit en soie beige et jaune et les divinités tout autour, le bureau, les portes chinoises ajourées pour séparer les pièces, la villa chinoise miniature qui est un labyrinthe pour souris, le jardin autour, le bruit du canal…

un an après, j’avais l’impression de marcher physiquement dans mon imaginaire.

J’ai laissé au directeur un catalogue, une affiche et les cartes postales de Marayat & John Lee, si les autres ne le reconnaissent pas l’esprit de Jim Thomson s’en amusera peut-être.

Nous avons roulé pour rejoindre la Queens Gallery sous la pluie, j’y ai déposé des cartes

postales de l’expo.

Puis pour la dernière soirée j’avais envie de dîner dans China Town, où je n’avais pas eu le temps de rentrer depuis mon arrivée.

Là aussi, ça ressemble à mes rêves chinois.

Raphaël disait justement, on ne sait pas si on est à New-York, Hong-Kong ou Shanghai…

Sous une pluie ininterrompue, les lampions rouges qui se balancent, les devantures d’échoppes avec des nuages de vapeurs, les ruelles avec des temples et des dragons rouges et dorés en perspective, les immeubles déglingués avec des brassées de câbles électriques qui communiquent d’une fenêtre à l’autre et servent de support à des guirlandes de lampions, les minuscules boutiques où tout se vend, les visages des vieux chinois qui regardent la pluie en fumant, une cage à oiseaux sur les genoux… je raffole de ce monde là et je regarde tout sans jamais m’en rassasier.

Sur les trottoirs entre les vitrines des marchands ambulants et malgré la pluie, sont installés sous des tentes, des tables pour manger l’une des meilleures cuisines chinoises que j’ai goûtée. Ce samedi soir, les trottoirs étaient bondés de familles thaïs et chinoises et de groupes d’amis qui se restauraient. Nous nous sommes installés au milieu et nous avons mangé une fondue de gambas et poissons, et un autre plat de crevettes délicieux.

Nous avons continué à errer après le repas sous la pluie, entre les trottoirs défoncés, les entrées d’immeubles déglinguées et la foule assise… Ce quartier de Bangkok me rappelle par pas mal de côtés Calcutta et ce que je préfère à Calcutta.

Mais Calcutta est quelques degrés au dessus encore pour ce qui est de la folie, du mystère, de la sensualité de ses habitants et de l’écroulement de ses immeubles.

Nous avons pris un taxi qui nous a conduit à Phra Arit Road, la rue des bars branchés, j’y ai retrouvé pas mal de mes connaissances Thaïs et françaises, Anan, Myrtille et son copain Thaï, un sculpteur qui est en train de réaliser un Bouddha de 15 mètres commandé par les moines d’un temple et qui semble aimer à égalité le Bouddha, l’alcool et l’amour… les compliments qu’il m’a fait sur mon expo m’ont fait plaisir, venant de ce type de personnage… Jin un franco-japonais très intérieur que j’imagine facilement marcher dans Fûdo…

Nous avons assisté à un concert sous la pluie, installés sous des tentes dans le back stage derrière la scène.

Je me suis difficilement arraché à ma dernière nuit à Bangkok pour rentrer à l’hôtel.

La matinée a été consacrée à ranger les câbles, les catalogues, les affiches, le Ganesh doré entre les chemises et les livres et à organiser tout ça dans la valise.

Nous avons rejoint l’aéroport vers 13 heures, une dernière fois dans la limousine noire et à nouveau au son des Quatre Saisons.

Je suis ravi du travail réalisé pendant ces trois semaines ici et infiniment reconnaissant aux thaïs qui m’ont offert une exposition d’aussi bonne qualité.

Je raffole de me déplacer d’un endroit à l’autre et je crois que je pourrais faire ça toute ma vie sans m’en lasser mais j’ai toujours un mal fou à quitter les endroits, surtout lorsque j’y ai créé des liens amicaux et de travail.

Nous sommes montés à 14h 30 dans un petit avion à hélices qui devait nous amener vers les citées mortes d’Angkor ( Siem Reap ) …et qui l’a fait à travers un ciel de mousson presque inquiétant.

Quand on sort des nuages pour descendre sur Angkor, on ne voit que de l’eau sur des centaines de kilomètres, tout nage sous la mousson, on voit à peine quelques toits, chemins, lignes de palmiers qui émergent puis la jungle qui baigne les pieds dans l’eau.

Très curieux de se retrouver dans cet univers rural après trois semaines aussi urbaines derrière moi.

Je vais commencer à décompresser et me reposer peut-être ici.

Aujourd’hui nous ne faisons rien, nous nous préparons à découvrir les temples les jours suivants.

L’hôtel est calme presque vide et enfouis dans des jardins magnifiques et des étangs traversés par des ponts et des galeries au dessus des lotus.

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