BANGKOK

journal de voyage et publication d'images. Pascal Monteil Bangkok

09 juillet 2006

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Le marché de Phnom Penh (photo au dessus et suivante)

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le Foreign Correspondents Club

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l'appartement

Deux jours que nous arpentons Phnom Penh.

Ceux qui sont un peu plus âgés que moi doivent avoir des images des événements des années 70 en tête. Moi j’en ai un souvenir lointain, qui se mélange avec des photos de la guerre du Vietnam.

Le 17 avril 1975 les Khmers rouges ( Pol Pot à leur tête) ont pris le pouvoir à Phnom Penh, ils ont assassiné les intellectuels et ont instauré la terreur en vidant la ville de ses habitants et en les transformant en esclaves dans les rizières du pays. Le génocide a fait 2 millions de morts.

Depuis que je suis au Cambodge je rêve chaque nuit des Khmers rouges, non pas que les traces soient fortes, ni que l’on sente cette terreur… au contraire on sent à peine l’ombre de ce passé récent.

Je me souviens d’images de la capitale restée déserte pendant trois ans, les maisons et les rues vides avec seulement des chiens errants, des rats et des hommes armés…

Comme souvent en Asie, les traces disparaissent vite, et Phnom Penh aujourd’hui sur ce passé récent construit des immeubles, ouvre des bars, sourie et s’amuse…

Un chose est présente par son absence, c’est l’absence des vieux, il y a très peu de vieux…

Par contre les cambodgiens semblent récemment se confronter à ce passé, et on voit de nombreux livres, émissions parler du sujet…

La seule fois qu’un cambodgien ait prononcé le nom des khmers rouges, c’est dans le temple en ruine de Kum Melea. Je lui demandais pourquoi on voyait tant de singes sur les frises du temple et aucun dans le temple.

Il m’a dit qu’ils s’étaient retranchés dans la forêt car les Khmers rouges les tuaient pour les manger.

Phnom Penh est une ville très intéressante. Pas aussi charmante que peuvent l’être Hanoi ou Saigon, mais plus sauvage, plus malmenée et boiteuse dans son évolution vers la modernité asiatique.

Hier matin nous sommes remontés en longeant le Palais Royal.

Là aussi le Roi est un personnage curieux. Sihanouk, vieillard charismatique, extravagant et personnage complexe qui a joué sur différents tableaux avec les multiples ennemis.

Il est marié avec Monica, italo-cambodgienne.

Il a la passion du cinéma d’Hollywood dont il a fait des remakes dans les années 60, en technicolor avec pour héroïne Monica qui danse sur des éléphants… et les domestiques du Palais pour figurants.

Aujourd’hui on le voit à la  télévision donner des réceptions où il chante des standards américains ou français de 22 heures à 3 heures du matin devant les couples de diplomates invités. On voit les diplomates enlacés et un peu hébétés danser pendant des heures sur l’air de Love me Tender et de La Vie en rose.

Après avoir longé le Palais nous sommes arrivés au bord du Mékong.

Comme disait Raphaël, quand on arrive au bord du Mékong on pense tout de suite à Duras.

Ce matin brûlant c’était très durassien, les flots et remous beiges du Mékong, la lumière blanche et les enfants des rues nus qui plongent au pied des kiosques coloniaux délabrés sous lesquels dorment des infirmes et des marchandes de fleurs… (photos d’hier avec le hamac et l’escalier)

Un peu plus bas sur la promenade qui longe le fleuve nous sommes montés au premier étage d’un lieu également très chargé ; le Foreign Correspondents Club.

Très bel immeuble colonial comme on peut en voir à La Havane, dont toute la salle du deuxième étage est ouverte sur le Mekong comme une terrasse.

C’est ici que se retrouvaient et viviaient les photographes et journalistes étrangers pendant les années de guerre.

On voit leurs photos au mur, et c’est un lieu qui n’est pas qu’un vestige du passé.

Le décor est superbe, de gros fauteuils en cuir, des ventilateurs et un bar très fournis.

J’imagine l’atmosphère pendant les événements. L’adrénaline, les informations échangées, le mélange d’excitation et de peur, le travail à l’époque où les articles étaient encore tapés sur des machines à écrire, envoyés par télex et les photos sur pellicules devaient transiter par les airs pendant plusieurs jours et non comme aujourd’hui par les voies numériques.

C’est un endroit qui risque de se retrouver dans mon travail futur.

Si le Cambodge me commandait une série d’images comme ça a été le cas en Thaïlande, mon imaginaire s’appuierait sur ce lieu.

J’ai même aperçu et photographié l’acteur principal de cet imaginaire qui me permettrait de construire l’armature romanesque. Un américain expatrié, travaillant certainement pour une organisation internationale.

Dieu sait que les américains en général ne m’inspirent rien, mais celui-ci assis dans un fauteuil, a fait surgir dans mon esprit tous ses compatriotes photographes et journalistes  venus du Minnesota et de l’Arkansas dans un passé récent avec leurs désirs et leurs désillusions. J’observais ses gestes, ses attitudes et son regard qui avaient quelque chose d’un Hemingway pendant la guerre d’Espagne. Une espèce de lion américain fatigué qui voit poindre la vieillesse ; un divorce irrémédiable et plaisant avec son pays d’origine. Un érotisme exclusivement dédié à l’Asie, et la mélancolie de ces personnages qui savent qu’ils ne sont plus de l’endroit d’où ils viennent ni de celui où ils sont.

Ce personnage aperçu pendant une heure me permettrait d’inventer son enfance son présent et son futur, plus précisément que la représentation qu’il a lui-même de sa vie.

Peu importe finalement la proximité ou l’éloignement avec sa vie réelle… c’est peut-être sa vie fantasmée que je construirais.

Après déjeuner nous avons marché dans les salles ouvertes sur un patio du très beau musée national, où sont présentées quelques statues qui habitaient autrefois les temples visités en début de semaine.

Le soir nous avons dîné au bord du fleuve. C’était samedi soir, et la jeunesse de Phnom Penh  était allongée sur la promenade comme sur le Malecon à La Havane…

Ce matin, un conducteur de rickshaw qui ressemblait à une statues Khmer nous a conduit jusqu’à l’ambassade de France que je voulais voir à cause encore de l’histoire qui lui est attachée.

8000 personnes s’était réfugiées dans son enceinte en 75 avant que les Khmers rouges fassent sortir tous ceux qui étaient d’origine cambodgienne pour les exécuter. Les français ont été évacués par bus et camions vers la Thaïlande.

Nous avons traversé des quartiers très populeux puis j’ai photographié la Bibliothèque, superbe bâtiment colonial, l’hôtel Le Royal, la Gare et le marché qui datent tous des années 20 ou 30.

Le marché est un bâtiment superbe, qui ressemble à un vaisseau spatial posé dans la ville.

A l’intérieur la lumière filtrée et jaune donne une ambiance irréelle. J’ai passé un long moment à le photographier entre les comptoirs et les commerçants amusés…

Nous avons continué à descendre les rues brûlantes jusqu’à la poste et la librairie française qui lui fait face.

Ce soir nous retournons dîner et photographier le Foreign Correspondents Club.

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